À la découverte d’un symbole de notre héritage : les élévateurs en bois
Pendant 4 mois, j’ai pris en photo chaque élévateur en bois dans le sud de l’Alberta. Et, tant qu’à faire, j’ai capté des élévateurs en Colombie-Britannique aussi. (Oui, il y a des élévateurs là-bas.) Depuis des années, j'avais remarqué des élévateurs là où je ne m'attendais pas les voir; c'est à dire sur des étiquettes de soupe, sur des pierres tombales et à Calgary il y a même une banque CIBC en forme d’élévateur. J'étais curieux de savoir pourquoi l'élévateur est un symbole qui perdure.
Mon projet a commencé au mois d’avril, mais sans que je le sache. Le printemps était arrivé, il faisait beau et je venais de compléter mon année à l’université. J’avais donc envie de jouir du soleil et de gouter à la liberté qui m’attendait l’été. Alors, j’ai décidé de me promener en campagne tout en prenant des photos. J’avais l’intention de publier seulement quelques-unes des images. Je ne pensais pas en faire un grand projet.
Mon plan était de quitter chez moi à Lethbridge et d’y revenir la même journée en passant par 6 communautés, chacune dotée d’au moins un élévateur. Durant ce voyage en boucle, j’ai visité Fort Macleod, Granum, Stavely, Nanton, Vulcan ensuite Carmangay. Par hasard, je suis arrivé à Vulcan alors que son dernier élévateur se faisait démolir.
Mon projet a commencé au mois d’avril, mais sans que je le sache. Le printemps était arrivé, il faisait beau et je venais de compléter mon année à l’université. J’avais donc envie de jouir du soleil et de gouter à la liberté qui m’attendait l’été. Alors, j’ai décidé de me promener en campagne tout en prenant des photos. J’avais l’intention de publier seulement quelques-unes des images. Je ne pensais pas en faire un grand projet.
Mon plan était de quitter chez moi à Lethbridge et d’y revenir la même journée en passant par 6 communautés, chacune dotée d’au moins un élévateur. Durant ce voyage en boucle, j’ai visité Fort Macleod, Granum, Stavely, Nanton, Vulcan ensuite Carmangay. Par hasard, je suis arrivé à Vulcan alors que son dernier élévateur se faisait démolir.
Ayant témoigné la démolition du dernier élévateur à Vulcan, j’ai ressenti le besoin de changer l’envergure de mon projet. Je ne voulais plus tout simplement montrer la beauté des élévateurs. J’étais plus conscient de l’importance de les préserver avec des photos. Donc, j’ai élargi le projet au mois de mai pour en inclure d’autres, mais toujours sans savoir que j’allais courir partout dans le sud de l’Alberta et même jusqu’en Colombie-Britannique sans oublier la Saskatchewan. D’abord, je me suis concentré juste sur les élévateurs autour de Lethbridge et Medicine Hat.
En conduisant à Medicine Hat de Lethbridge, il faut passer par le village de Seven Persons. J’ai ralenti mon camion et je me suis dirigé vers Premium Sausage, d’où provenait un arome délicieux de viande fumée. Une partie de la charcuterie est en forme d’élévateur. Selon le propriétaire, Mark Penner, la structure est le germe de Ralph Erb. Né en 1944, Ralph a grandi durant l’époque où pratiquement chaque communauté dans l’Ouest avait des élévateurs. Suite à la démolition du dernier élévateur à Seven Persons, Ralph a ressenti l’absence de ces symboles des Prairies alors il s’est décidé d’en faire construire un.
J’ai monté les marches de l’élévateur à trois étages. Arrivé en haut, j’ai trouvé une gallérie avec de vieilles photos de Seven Persons qui remontent à 1911 alors que le village en était à ses origines. Une plaque qui date du mois de mai 2007 commémore l’ouverture officielle de l’élévateur à Ralph ainsi que le centenaire du village. Sur la plaque, Ralph dédie l’élévateur à sa communauté.
Mark, un ancien employé de Ralph, a acheté le commerce en 2009. Ralph est décédé en 2014 à l’âge de 70 ans.
J’ai vu au mur 2 peintures d’élévateurs. Le cadre d’une d’entre-elles est fait de bois provenant du dernier élévateur de Seven Persons. L’autre image est d’un style que j’ai reconnu immédiatement car j’ai une peinture du même artiste chez moi.
Quelques jours plus tard, j’ai téléphoné l’artiste Cyndi Tasche. C’est elle qui a peint l’image que j’ai reconnu dans la gallérie à Seven Persons. Comme Ralph, elle se souvient de l’époque où les élévateurs étaient abondants. Originaire de Melville en Saskatchewan, il y en avait une dizaine là au cours de son enfance.
Quand j’ai demandé à Cyndi qu’est-ce qui l’a poussé à peindre des élévateurs, elle est retournée dans le temps. Durant les années 90, m’a-t-elle expliqué, les gens se rendaient compte que les élévateurs disparaissaient. Donc, ses peintures étaient un moyen de préserver notre héritage. Selon Cyndi, les élévateurs sont des icônes des Prairies tout comme les moulins à vent en Hollande. Les élévateurs servaient à guider les gens en voyage et ils représentaient l’importance de l’agriculture dans des provinces où les souches de bien des gens retournent à la ferme. Il n’y aurait donc pas une seule raison pour expliquer pourquoi nous chérissons encore les élévateurs.
Suite à ma conversation avec Cyndi, j’ai commencé à faire de la recherche à l’internet au sujet des élévateurs. Sur le site web du photographe Chris Attrell, j’ai trouvé des cartes qui indiquent où se trouvent les élévateurs dans chaque province de l’Ouest. Des années au paravant, j’avais lu son livre « Grain Elevators: Beacons on the Prairies » et 2 des photos étaient restées avec moi. La première était l’élévateur de St-Jean-Baptiste au Manitoba car l’inscription était en français.
La deuxième photo montrait l’élévateur à Dawson Creek en Colombie-Britannique. J’avais été épaté d’apprendre qu’il y avait des élévateurs en Colombie-Britannique. Je croyais qu’ils se trouvaient juste dans les Prairies.
Les cartes de Chris Attrell m’ont indiqué qu’il y avait des élévateurs à Creston, C.-B. De plus, je voyais que j’en avais déjà visité beaucoup en Alberta. En somme, les cartes ainsi que mes discussions et ma recherche ont engendré un enthousiasme chez moi. Je ressentais une énergie dans le centre de ma poitrine qui me poussait vers un plus grand projet. Donc, je me suis lancé sur la quête de capter tous les élévateurs en Alberta au sud de l’autoroute Transcanadienne. Pour boucler le tout, je me rendrais à Creston aussi. Je voulais à tout prix prendre en photo un élévateur de la Colombie-Britannique.
Alors, j’ai formulé un plan de voyage pour mes vacances au mois de juillet. Avant de partir, j’avais à finir le tour des élévateurs dans la région de Lethbridge. Nous sommes au mois de juin. En conduisant en campagne, j’ai remarqué un élévateur dans la cour d’une ferme. Ce qui a attiré mon attention était la forme mince et inhabituelle de la coupole, c’est-à-dire la partie la plus haute de l’élévateur. Pour en savoir plus, j’ai parlé avec le propriétaire, un fermier nommé Ken Kuehn. Il m’a conté que son père voulait un élévateur sur sa ferme pour des fins pratiques, question d’entreposer du grain ou le charger dans un camion tout à la même place.
Son père a commencé à construire l’élévateur en 1951 et ses enfants lui ont aidé. Le bois est venu de Sparwood, C.-B. et la bâtisse contient 6 tonnes de clous. L’élévateur peut contenir environs 60 000 minots de grain. La famille a complété la majeure partie de la construction eux-mêmes sauf pour la coupole. Cette partie-là a été achevé en 1954 par des ouvriers et ils se sont servis d’un style non-conventionnel, ce qui explique la forme unique.
Pas loin de l’élévateur Kuehn, je me suis arrêté à Wrentham, un village où se trouve 2 élévateurs et un en particulier se trouve en excellente condition.
En prenant des photos de la bâtisse, j’ai vu un homme sortir. Je me suis approché pour lui demander si je pouvais prendre des photos à l’intérieur. Jim Nilsson, le propriétaire, m’a dit que oui et a ajouté que je pouvais monter jusqu’en haut. L’ascenseur dans un élévateur est purement mécanique. C’est une cage en métal un peu plus petite qu’une cabine téléphonique, mais avec une corde au milieu qu’il faut tirer. Heureusement, l’ascenseur est contrebalancé alors il ne faut pas tirer très fort. Coup de corde par coup de corde, je suis monté de plus en plus haut. Mon sens d’aventure pétillait. Arrivé au sommet, j’ai débarqué et j’ai trouvé une trappe au plafond par laquelle j’ai sorti ma tête pour prendre une photo.
Jim, un agriculteur, a acheté l’élévateur vers le milieu des années 90 quand la bâtisse venait de fermer. L’achat lui a donné une aire d’entreposage d’environs 110 000 minots. De plus, l’élévateur contenait une balance alors Jim peut charger ses camions à grain sans dépasser la limite de poids.
Bien qu’il ait effectué l’achat de son élévateur pour des fins pratique, Jim est conscient qu’il préserve une tranche d’histoire.
L’autre élévateur à Wrentham détériore. Cependant, la Société des élévateurs en bois Ogilvie prend des démarches pour préserver l’édifice qui remonte à 1925. Pour la voir en 3 dimensions, suivez ce lien https://alberta.preserve.ucalgary.ca/sites/ogilvie-grain-elevator/.
En plus des élévateurs à Wrentham, il y en a un à Skiff. Les communautés sont près l’un de l’autre à une heure au sud-est de Lethbridge.
L’élévateur de Skiff figure sur l’enseigne de la communauté.
La bâtisse comme tel se trouve juste au ras du village sous le ciel immense des plaines.
En regardant par la fenêtre du bureau de l’élévateur, j’ai vu cette maquette.
Tout cours du mois de juin, j’ai poursuivi mon projet. Quand les gens me prêtaient l’oreille, je parlais de mes plans de vacances à Creston. J’avais hâte à partir en voyage et je voyais dans mon imagination les photos que j’allais prendre.
Des camions comme celui-ci amènent des charges de grain à l’élévateur.
Certains élévateurs servaient à vendre de l’engrais.
Construit en 1926, l’élévateur d’Azure est parmi les mieux préservés que j’ai visités. Les propriétaires l’ont rénové 3 ans passés dans le but de maintenir cette icône de leur communauté. Leur fille a pris ses photos de noces dans l’élévateur.
Sur les plaines de l’Ouest canadien, l’élévateur domine l’horizon.
Après des semaines d’attente, le mois de juillet était finalement arrivé et je me suis dirigé vers Creston. Au centre d'accueil de la ville, j’ai appris qu’il y avait une longue histoire d’agriculture dans les vallées fertiles de la région où l’on élève du blé, de l’orge, du foin, des pois et des cerises. Dans un dépliant, j’ai vu une photo des 2 élévateurs et j’avais hâte de les prendre en photo. Par contre, quand je me suis rendu sur les lieux il y en avait juste un. En demandant les gens de la ville, j’ai appris que l’autre avait été démoli juste quelques mois au paravant. Pas loin de Creston, j’ai trouvé un élévateur sur une ferme, ce qui était inattendu, et donc j’ai moins senti la perte de celui dans le dépliant.
En Colombie-Britannique, l’élévateur ne domine pas l’horizon comme sur les Prairies. Il cède sa place aux arbres et aux montagnes. Construit en 1936, l’élévateur de Creston vient d’être rénové et sera bientôt une gallérie d’art.
Après Creston, je suis retourné en Alberta où il me restait juste 5 élévateurs à capter. Une fois fini, je me sentais satisfait d’avoir complété mon projet. En même temps, j’étais content de pouvoir passer à autre chose après 4 mois.
Symbole des Prairies, cet élévateur à Raley compte parmi les rares élévateurs en Alberta avec une vue des montagnes Rocheuses. En termes de paysage, c’est mon préféré. Il se trouve à 45 minutes au sud-ouest de Lethbridge.
Au cours des 4 mois de mon projet, j’ai souvent demandé aux gens pourquoi les élévateurs en bois demeurent des symboles importants. Chacun avait sa propre réponse. Celle qui est restée avec moi vient du garagiste qui travaille à la station de service dans mon coin de Lethbridge. Quand il a remarqué que j’achetais plus d’essence que d’habitude, je lui ai parlé de mon projet de prendre en photo tous les élévateurs du sud de l’Alberta. Il m’a répondu qu’il a vu bien des élévateurs au cours de ses 29 ans comme conducteur avec la compagnie de train Canadien-Pacifique. Selon lui, il y a des histoires dans chaque élévateur. Je crois qu’il a saisi l’essentiel. Si les élévateurs vous touchent à cœur, c’est probablement parce que vous avez des histoires à leur sujet; peut-être que vous vous souvenez de quand ils étaient abondants ou que votre père vous amenait là en charriant du blé. Pour aimer quelque chose, il faut avoir eu un contact.
Les élévateurs sont moins communs qu’au paravant, mais pas aussi rares que nous le pensons. Oui, ils continuent à disparaître. Par contre, des fermiers les conservent pour des raisons pratiques quoique la nostalgie et le souci de l’histoire guident les fermiers aussi. Ce même intérêt historique pousse des communautés et des musées à préserver des élévateurs à leur tour également. Les élévateur sont aussi une source de bon souvenirs. En raison de ces multiples facteurs, je suis convaincu que les élévateurs en bois seront avec nous encore bien des années.
Pour vous procurez d’une copie du livre « Grain Elevators: Beacons on the Prairies » par Chris Attrell, vous n’avez qu’à suivre ce lien https://anywhere.ca/attrell/. Son livre d’élévateurs est le deuxième dans la liste.